L'Atelier Parisien d'Urbanisme au coeur de la rénovation du centre de Rio de Janeiro

Le plan de revitalisation de la région centrale porte sur un périmètre de 2000 hectares. Ce site accueille aujourd’hui 210 000 habitants et 522 000 emplois auxquels s’ajoutent de nombreux informels. L’étude réalisée par l’APUR a proposé une stratégie opérationnelle de revitalisation qui pourra servir de fil conducteur sur une période longue ( de 20 à 30 ans) à l’action des autorités en charge du développement de Rio de Janeiro, à savoir les trois niveaux de gouvernement que sont la ville de Rio de Janeiro, l’Etat de Rio de Janeiro et le gouvernement fédéral de l’union.

L’étude à été réalisée fin 2008 en étroite collaboration entre l’institut Pereira Passos (IPP), l’institut Brésilien des Administrations municipales (IBAM) et l’Atelier Parisien d’Urbanisme (Apur) et a été financée par la Banque Interaméricaine de Developpement et la Mairie de Rio de Janeiro. 

Le résumé du rapport commence par un constat : le centre de Rio s’est peu a peu dégradé et ses qualités fonctionnelles n’ont pas été améliorées depuis des décennies. Parallèlement, dès le début des années 80, le quartier de Barra da Tijuca situé à l’extrême sud de la ville a commencé son développement sur un modèle américain. Barra da Tijuca, avec sa grande plage, ses centres commerciaux, ses tours de logements de 30 étages qui fonctionnent en circuit fermé avec leur piscine et autre salle de gym, est le Miami Beach brésilien. L’usage de la voiture y est obligatoire puisqu’aucun transport en commun lourd n’a été intégré au plan d’urbanisation.

Cependant, le centre de Rio concentre encore l’écrasante majorité des emplois tertiaires privés et publics. Le centre est forcément névralgique à Rio puisqu’y converge la ligne de métro 1, la gare de trains de banlieue « Central do Brasil »  point de départ du film éponyme de Walter Salles, l’avenida Brasil, principale route pour quitter Rio, l’aéroport Santos Dumont, le port de commerce et de tourisme et enfin la gare routière Novo Rio. C’est en plein centre que se trouve le «  Maracana », plus grand stade de football au monde, qui accueillera les matchs de la coupe du monde en 2014.

L’on voit bien que sur le papier, le centre a tous les atouts pour réussir.  L’Apur semble d’ailleurs avoir été sous le charme de certains quartiers méconnus des touristes et de la majorité des cariocas : Lapa et sa vie nocturne bouillonnante, Morro da Conceiçao et ses petites maisons surplombant le port de Rio, l’imposante Avenida du Présidente Vargas dont les dimensions s’apparentent à celles des Champs Elysées.

Néanmoins,  le rapport indique que l’unique ligne de métro est saturée et que, pour palier cette insuffisance, les lignes de bus ont proliféré ce à quoi il faut ajouter les « lotaçao » sorte de petites camionnettes privées plus ou moins régularisées pour effectuer le transport de personnes. Le trafic est donc chaotique et générateur de pollution. Le rapport mets en exergue l’insuffisance du système d’assainissement, et notamment le canal « mangue » qui déborde à chaque orage violent. Selon l’Apur, le centre manque de polyvalence fonctionnelle. Trop de bureau et pas assez d’habitat. Quand il existe, il est souvent dégradé. Certains immeubles du centre, qui peuvent présenter un intérêt architectural et patrimonial certains, sont parfois occupés par des squatters : on les appelles les « cortiços » où favelas verticales.  Le centre est aussi ponctué de quelques favelas près du port, notamment dans les entrepôts à l’abandon depuis des décennies, qui ne font que renforcer la sensation d’insécurité à la nuit tombée.

Selon André Marie Bourlon, la complexité des processus de décisions et la quantité d’intervenants institutionnels sont des écueils à surmonter.

En effet, la réglementation d’urbanisme est de la compétence de la Ville de Rio, dans le domaine du logement, c’est l’Etat Fédéral ( Union) qui est souvent compétent par l’intermédiaire du Ministère des Villes ou de la Caixa Economica Federal. C’est également l’Union qui est compétent à travers la Banque Nationale du Développement (BNDES) sur les infrastructures loudes telles que le TGV prévu pour les JO en 2016 entre Sao Paulo et Rio de Janeiro. Enfin ces trois niveaux de gouvernements ou des sociétés publiques ou para publiques qui leur sont liées sont propriétaires de nombreux terrains dans le périmètre de l’opération. Certains sont d’ailleurs laissés en friche à l’abandon ce qui contribue à l’image négative du centre.

Porto Maravilha est le nom officiel de cette gigantesque opération d’urbanisme, aussi importante que la création de Brasilia dans les années soixante.

L’objectif sera de maintenir sur place les populations défavorisées en améliorant ses conditions de vie, attirer de nouvelles populations afin de créer une nouvelle mixité sociale et fonctionnelle et réhabiliter le patrimoine historique et culturel dégradé.

Globalement, l’opération de revitalisation du centre ville de Rio de Janeiro pourrait porter sur près de 9 millions de mètres carrés de construction neuve dont la moitié en logement et 3,5 millions de mètres carrés de bureaux et de commerces localisés pour plus de la moitié aux abords de la gare TGV de Léopoldina venant créer un deuxième quartier d’affaires et apportant une offre complémentaire et moderne au quartier d’affaires existant du centre ville. La construction de logements devrait atteindre 100 000 à 120 000 unités soit 3000 à 4000 par an répartis en 3 tiers comme suit: logements privés destinés aux classes moyennes et supérieures, logements privés populaires, de logements à vocation sociale.

Il est proposé de réaliser le prolongement de ligne 2 vers l’aéroport Santos Dumont et de créer 2 nouvelles lignes de métro : une nord-sud entre l’aéroport international de Galéao et Botafogo en passant par la gare TGV de Leoplodina, nouveau grand pole multimodal de Rio et une autre d’est en ouest desservant la zone portuaire et Sao Cristovao. S’y ajouteront des lignes de surface comme des tramways.

Le coût du dispositif est estimé à terme à 10,7 milliards de Reais pour le métro et 1,6 milliards de réais pour les tramways. Les autres dépenses de requalification de l’espace urbain sont chiffrées à 5 milliards de Reais. De nombreux paramètres indiquent que ce projet pourra commencer et être mené à bien d’un point de vue financier. L’Etat de Rio, malgré les disputes politiques actuelles, devrait bénéficier d’environ 15 milliards de dollars de royalties annuels pendant 30 ans avec l’exploitation du « pré-sal » représentant entre 30 et 100 milliards de barils. Les autres dépenses de requalification de l’espace urbain sont chiffrées à 5 milliards de Reais. Bien entendu, les études de l’Apur ont permis de chiffrer le potentiel de recettes générées par ses opérations de construction notamment à travers vente de certificats pour dépassement de la densité autorisé. ( CEPACS).

Le projet du Musée da Manha, présenté officiellement par l'architecte espagnol Santiago Calatrava le 22 juin dernier à Rio et qui devrait être inauguré fin 2012, semble marquer le lancement concret de cette gigantesque opération urbanistique.

Voir la vidéo de Porto Maravilha.

 

 

 

 

 

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